Équinoxe d’automne du 23 septembre au 7 octobre

Le fruit du moine (罗汉果 Luó Hàn Guǒ), douceur d’automne

Une petite sphère brune, étonnamment légère, qui bruisse quand on la secoue : l’une des douceurs les plus intenses du monde végétal. Portrait du Fruit du Moine - 罗汉果 (Luo Han Guo), des collines du Guangxi à l’infusion d’ambre.

Le fruit du moine (罗汉果 Luó Hàn Guǒ), douceur d’automne - BotaQi

Prenez-la dans la main : une petite sphère brune, ronde comme une noix, étonnamment légère, qui bruisse doucement quand on la secoue.

Rien, à la voir, ne laisse deviner ce qu’elle cache : l’une des douceurs les plus intenses du monde végétal.

C’est le fruit du moine, 罗汉果 Luó Hàn Guǒ, gloire discrète des collines du sud de la Chine.

Un fruit des collines du Guangxi

Le luó hàn guǒ est le fruit d’une liane grimpante de la famille des cucurbitacées, cousine de la courge et du concombre, que les botanistes nomment Siraitia grosvenorii.

Il pousse dans les collines brumeuses du Guangxi et du nord du Guangdong, en particulier autour de Guilin et du district de Yongfu, où le climat humide et les reliefs karstiques lui conviennent.

Récolté encore vert à la fin de l’été et en automne, il est ensuite lentement séché, traditionnellement à feu doux, ce qui brunit sa coque, l’allège et concentre sa chair : d’où cette sphère creuse et légère que l’on trouve sur nos étagères.

Sa coque fine, presque cassante, protège une chair fibreuse et des graines plates : c’est elle, une fois brisée, qui libère l’arôme dans l’eau chaude.

On la choisit ronde, lisse, d’un brun profond et uniforme, signe d’un fruit mûr et bien séché.

Le fruit des moines

Son nom raconte une histoire.

Luó hàn (罗汉) désigne les arhats, ces sages du bouddhisme parvenus à l’éveil ; guǒ (果), c’est le fruit.

« Fruit des arhats », donc, ou fruit des moines, car la tradition raconte que des moines des monts du Guangxi furent, voici plusieurs siècles, les premiers à le cultiver et à le faire connaître.

Le peuple Yao de ces montagnes l’accommode depuis longtemps en boisson.

De cette ascendance lettrée et monastique, le fruit garde une aura paisible : on l’associe volontiers à la sobriété, à la lenteur, aux gestes simples de la tradition.

Une douceur qui ne vient pas du sucrier

La signature du luó hàn guǒ, c’est sa douceur : ronde, profonde, presque caramélisée, elle ne vient d’aucun ajout mais de la chair même du fruit séché.

Il suffit d’en briser une, coque comprise, de la laisser frémir une dizaine de minutes dans l’eau chaude, et l’on obtient une infusion ambrée, naturellement suave, que l’on boit chaude ou tiède, seule ou mariée à d’autres plantes.

Dans la cuisine du sud, on l’ajoute aussi aux bouillons longuement mijotés, où sa douceur arrondit les saveurs.

Les amateurs l’associent volontiers à quelques fleurs séchées ou à une fine tranche de gingembre, qui répondent à sa rondeur d’une note plus vive.

Un fruit, une casserole d’eau : la simplicité même.

Le compagnon des tables du Sud

Dans le sud de la Chine, le fruit du moine est un familier des cuisines et des étals.

On le retrouve dans les grandes soupes cantonaises mijotées des heures durant (老火汤 lǎohuǒ tāng), où il apporte sa douceur de fond sans jamais dominer ; on le marie volontiers à d’autres douceurs séchées, à des dattes, à des fleurs.

Les marchés du Guangxi en proposent des paniers entiers à l’automne, au moment où la récolte descend des collines.

C’est un ingrédient de tous les jours autant qu’un petit trésor de saison : accessible, généreux, et si concentré qu’un seul fruit parfume une grande casserole.

La douceur, ici, se partage.

À découvrir

Le Fruit du Moine - 罗汉果 (Luo Han Guo) se prête à toutes les infusions d’automne.

Il se marie volontiers au Chèvrefeuille du Japon - 金银花 (Jin Yin Hua) et à la Réglisse préparée au miel - 炙甘草 (Zhi Gan Cao) : trois saveurs qui se répondent dans la même tasse.

La fleur de chèvrefeuille, dite « d’or et d’argent », apporte une note florale et fraîche.

La réglisse au miel ajoute une rondeur ancienne, douce sans être lourde.

Ensemble, ils composent une infusion ambrée et florale, d’une douceur qui n’a besoin ni de sucre ni d’artifice.

Brisez le fruit, jetez-y une pincée de fleurs et un fragment de racine miellée.

Laissez frémir, puis goûtez une douceur qui a traversé les siècles, des collines du Guangxi jusqu’à votre tasse, sans autre secret que le temps et le feu doux du séchage.

Avec lui s’achève notre traversée de septembre : le Métal, la rosée, l’équinoxe, la douceur.

Bientôt, octobre déposera sur les matins une rosée plus froide encore, et l’automne, en se resserrant, s’approfondira.

Nuwa se fera un plaisir de vous y guider, souffle après souffle.

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